Parking gratuit
Internet est né d'un rêve de partage de l'information - à des fins plutôt militaires, certes, mais occultons. Et en tant que tel, c'est un outil qui continue de grandir, de murir et d'ouvrir de plus en plus grand les portes d'un possible affriolant : celui de la bibliothèque absolue, du savoir - presque - sans limite à la portée de tous. Malheureusement c'est aussi et surtout un immonde bazar dont les étals se parent des pires ignominies imaginables, et où l'argent règne en maître absolu, quoique fort souvent discret.
Mais, plus encore que le monde déresponsabilisé que l'occident construit jour après jour, internet est un univers facile. Pour qui en connait les avenues les moins secrètes, internet offre tout et n'importe quoi à tout un chacun. C'est un monde où, avec un peu d'habitude, tout devient gratuit, et où des actes aussi simples que le vol perdent toute signification, toute ampleur. Je parle bien sûr de piratage, du fait de récupérer une œuvre et d'en profiter sans rétribution financière pour l'auteur. On peut argumenter longtemps (et stupidement ) sur le bien-fondé ou non du piratage, le simple fait que cette conversation puisse exister témoigne de la médiocrité morale dans laquelle s'enfonce la civilisation aujourd'hui.
Ce qui m'effraie aujourd'hui, quand la fortune de Britney Spears ou Will Smith semble ne souffrir qu'assez peu des conséquences du téléchargement, c'est de voir de vrais artistes sombrer et disparaitre dans l'indifférence générale. J'ai connu des gens s'affliger de la fermeture de Clover Studio - un des studio créateur de jeux vidéos parmi les plus ambitieux et originaux de ces dernières années - alors qu'eux-mêmes ne possédaient que des versions piratées de Viewtiful Joe ou Okami ! Si cela ne prouvait que la bêtise des joueurs en général, il s'agirait d'une goutte d'eau dans un vase dont le contenu est depuis longtemps répandu à terre; mais cela montre à quel point la manière même de voir le monde a été profondément bouleversée par internet, souvent de manière extrêmement pernicieuse.
A ce sujet, l'article très bien construit et fort intéressant de Matthew Grau sur le Blog d'une de ses création, un jeu de rôle du nom de Cthulhutech: Arcane Underground.
La morale de l'histoire est simple : achetez ce que vous aimez, ou vous finirez baignés dans l'horreur insipide de la production publicitaire mondiale, à jamais. Et vous vous serez vous-même retiré le choix d'avoir vos goûts personnels, votre avis. Il restera probablement toujours une volonté créatrice, des auteurs, musiciens, cinéastes qui se battent pour élever leur voix au-dessus du bruit de fond de la banalité ambiante. Mais c'est à nous de leur offrir un mégaphone.