Terreur en ligne
Il est communément admis, de nos jours, qu'un jeu vidéo réussi nécessite un budget pharaonique, des années de travail, une équipe démesurée et une machine surpuissante sur lequel le développer. Et n'importe quel joueur un peu sérieux vous le dira : il n'y a aucune comparaison possible entre un jeu de ce genre et les petites productions alimentaires des développeurs sous payés des pays de l'est.
Cependant, il semblerait qu'une lueur d'espoir subsiste pour les joueurs. Il existe encore des gens dont les idées et le talent compensent le manque de moyens; des gens dont les jeux sont de véritables perles malgré les limitations évidentes qui marquent leur réalisation. Avant de me pencher sur Hordes, un petit mot sur un développeur un peu à part.
Motion Twin est une société française qui développe des jeux en flash accessibles gratuitement sur internet. Leur offre est assez large, allant du plus classique (plateforme, tetris, etc.) à des choses plus originales ou complexes. Certaines de leurs créations s'éloignent en effet drastiquement du modèle assez médiocre sur lequel tous les jeux de ce genre se construisent, abordant la gestion ou le combat dans des jeux graphiquement très léchés et aux mécanismes de gameplay finement pensés. On peut meme trouver un casse-brique RPG, Alphabounce, avec exploration spatiale, aventure et combats qui fait honte à tous les clones d'Arkanoid que vous trouverez sans efforts sur internet. A moins d'investir un peu de vos euros, la plupart de ces jeux ne permettent de jouer que quelques minutes par jour, ce qui est à la fois malin pour eux (il y a vraiment des gens qui payent !) et pour les visiteurs qui n'y perdent ainsi qu'un temps relativement raisonnable. Pour du fun pur et inoffensif, je vous conseille La Brute, a partager impérativement entre amis un peu rancuniers. Les jeux de Motion Twin entrainent un tel enthousiasme qu'un collectif de joueurs a créé un wiki dédié a tous les jeux de la société, twinpedia !
Revenons à Hordes qui, quant à lui, fait preuve d'une ambition et d'une qualité inouïe pour un produit de ce genre. Vous y incarnez un pauvre citoyen, qui débarque dans une ville perdue au milieu du désert et condamnée a subir sans relâche (chaque soir, à minuit pile) les assauts de zombies affamés. Pas question ici de jouer les héros et de casser du monstre à tour de bras, le but du jeu est de survivre le plus longtemps possible, sachant que vous allez mourir, sûrement très bientôt…
L'habillage du jeu, quoique sobre, retranscrit à merveille l'oppression et la désolation qui entourent votre ville. A partir de quelques artworks et un radar brouillé, vous vous retrouvez plongés dans un monde très inspiré de Fallout. L'intégralité de vos actions se décide ou se résout par du texte, il n'y a aucune animation, juste une ambiance phénoménale compte tenu du peu de moyens mis en œuvre.
Quant au principe au coeur du jeu, il ridiculise, à son échelle, tout ce qui fait dans les MMO actuels en terme de communauté et d'implication du joueur. A moins de passer un temps très consequent sur le forum de la ville, vous jouerez rarement plus de quinze minutes par jour, mais il est impératif de bien jouer, de comprendre les besoins de la ville et d'agir en fonction, non de votre personnage, mais de la communauté pour avoir une chance réelle de survie. Découpé entre exploration et construction, le gameplay exige des joueurs une action concertée qui va rendre la ville capable de résister à l'assaut de zombies de plus en plus nombreux chaque nuit. Dès que quelques joueurs font des erreurs, ou jouent de manière trop personnelle, la ville est condamnée à périr très rapidement.
Ce qui impressionne, dans Hordes, c'est qu'à partir d'un simple site internet, on se retrouve face à une expérience de jeu prenante, oppressante et incroyablement bien pensée et équilibrée. Il y a plus de réflexion et de testing dans Hordes que dans la moitie des RPG, online ou non, qui sortent chaque année.
Un défaut peut-être : votre main tremble au moment d'allumer l'ordinateur, chaque matin. Avez-vous survécu à l'attaque de la nuit ? Etes-vous… mort ? Probablement.