La Horde du contrevent
Ceci est un chef d'oeuvre.
Il y a peu d'alternatives à l'expression d'un enthousiasme, d'une exaltation portée par le vif, aussi immense que celle qui m'a saisi à la lecture de ce livre. Pour son second roman, Alain Damasio s'est attelé à conter le périple de la Horde, ce groupe d'une vingtaine de personnes qui remontent un monde parcouru par les vents vers un extrème-amont espéré, fantasmé comme le point ultime d'une quête à laquelle chacun donne un sens différent. Si le roman se classe dans le genre du fantastique, c'est simplement qu'il raconte quelque chose que personne n'a jamais raconté; il crée de toutes pièces un monde, des personnages, une physique propres, qui témoignent tous d'une intelligence et d'un imaginaire dont peu d'auteurs peuvent se targer.
Mais le fourmillement d'idées qui saisit le lecteur à chaque rafale de furvent, à chaque combat gagné contre un chrone, s'effacent presque derrière la matière brute du roman, sa langue incroyable, modelée à l'argile dont est constitué chaque personnage. Constamment changeante, d'une poésie et d'une richesse évocatrice magnifiques lorsque Sov ou Caracole prennent la parole, elle s'abat en vagues puisssantes et brutes lors des colères du Golgoth, ou s'assèche en langague tactico-descriptif dès qu'Erg prend son envol. Chaque intervention de l'un ou l'autre, chaque changement de point de vue et de langue, construit peu à peu un édifice où l'artifice et la forfanterie n'ont pas leur place. Car Alain Damasio, à aucun moment, ne joue des talents littéraires manifestement exceptionnels dont il est doté, mais livre un ouvrage que porte un souffle sincère, épique, d'une grande force émotionelle.
Plus peut-être qu'aucun des auteurs actuels dont on peut dire qu'ils comptent, dans la matière que leur oeuvre apporte à l'édifice du livre et de la littérature, Alain Damasio prouve ici que le fait littéraire a définitivement déserté les zones qu'on lui connaissait, pour envahir avec fierté les domaines autrefois honteux du fantastique et de la science-fiction. Car au delà du plaisir simple de l'aventure, c'est une véritable expérience littéraire de très grande classe que nous offre ici l'auteur.
Il y aurait beaucoup plus de choses à dire au sujet de ce roman que ne m'y autorise le cadre de cette courte approche. Je me contenterais donc d' en encourager, que dis-je d'exorter ! la lecture. En ce qui me concerne, si je n'avais dû lire qu'un livre, ce serait celui-là.
La Horde du Contrevent, Alain Damasio, La Volte