Cosmos Incorporated
Au matin du huitième Jour, Dieu, selon toute vraisemblance, inventa l'écriture.
Ou plutôt, Il fit en sorte que son don divin de narration croise, en une infime quantité de temps et d'énergie, la liberté de l'homme.
Maurice G. Dantec, Cosmos Incorporated
Ce début de chapitre, jeté au centre d'une oeuvre impensable qui réécrit la genèse, devrait être utilisé dans tous les manuels de littérature du XXIIeme siècle, si celui-ci a eut l'intelligence de comprendre à quel moment s'est écrit le futur du livre. Cette phrase, que Dantec visite et fouille en profondeur dans les lignes qui la suivent (page 319 de l'édition Albin Michel), fait briller l'étincelle d'un joyeux brasier dans lequel, fidèle à ses démons, l'auteur consumme génie littéraire, érudition et hybris égocentrique.
Il est probablement impossible, en une lecture d'autant plus rapide que le livre est passionnant, d'englober le roman dans une vision synthétique et extensive. Commençant comme un polar d'anticipation assez classique, quoique singulièrement apprêté dans son expérimentation d'une écriture technoïde - car ici la création aussi est machine, Cosmos Incorporated déchire les cadres habituels de la narration en son milieu, pour reprendre depuis l'origine les sources de la vie, l'écriture, l'univers; avec le héros - ombre de Dantec - en scribe angélique d'un monde en renouveau.
Au final, et j'espère être capable plus tard d'en faire une analyse sérieuse, Cosmos Incorporated est une lecture indispensable. La plume très souvent inspirée de dantec échoue parfois à donner un corps suffisant aux ambitions démesurées du roman, mais cette ambition même le porte avec une force et un panache inhabituels dans la littérature douillette à laquelle nous sommes souvent confrontés.